Jacques Attali : « Il faut avoir une vision de long terme »

Comment faire en sorte que la France remette son économie en mouvement ?

Question au cœur du débat à laquelle Jacques Attali a apporté des éléments de réponse lors de sa conférence introductive des 1res Rencontres de l’Intelligence Territoriale et en faisant tout d’abord l’analyse de la situation mondiale : une crise économique et financière majeure née aux États-Unis en 2008 dont l’onde de choc a traversé toute l’Europe, plongeant les pays européens dans de grandes difficultés liées pour partie au niveau d’endettement des États ; une croissance incertaine dans le reste du monde ; mais aussi un énorme potentiel de croissance en Afrique  – « avec en perspective ses deux milliards d’habitants, l’Afrique occupera une place croissante à l’avenir » – et dont la France devrait pouvoir profiter. « Mais Nous ne serons pas portés par la croissance mondiale. C’est pour cette raison que nous devons régler nos problèmes au sein de la zone euro. Si la croissance demeure nulle ou voisine de zéro, le ratio dette publique / PIB continuera à augmenter, rendant la situation d’autant plus préoccupante que l’accumulation des plans d’austérité ne conduit pas non plus à la croissance. »

Alors, que faut-il faire ? « Un coup d’audace. Construire un étage fédéral au sein de l’eurozone, qui n’existe pas aujourd’hui,  afin de véritablement pourvoir agir ensemble. Si, par exemple, on instituait au sein de l’eurozone  une taxe sur les transactions financières,  on dégagerait alors des capacités d’investissement considérables – de l’ordre de 500 milliards d’euros – pour le financement de projets à enjeu majeur ».

Concernant la France, Jacques Attali reste optimiste, car « notre pays qui dispose de vrais atouts, un atout démographique considérable, des compétences fortes dans les secteurs d’avenir que sont les économies d’énergie, la santé, l’éducation, l’agroalimentaire… – et a donc les moyens non seulement de rester un grand pays industriel mais aussi devenir l’un des leaders de l’économie mondiale. Il nous faut donc inscrire notre action dans une vision de long terme, c’est impératif ».

Jacques Attali a également insisté sur l’enjeu-clé de la formation, l’accès à l’emploi passant par la mobilité géographique et sociale et donc la formation permanente, et prioritairement celle des personnes dont l’emploi a disparu ou est menacé et qu’il convient d’accompagner dans leur mobilité professionnelle, rappelant par ailleurs qu’ il faut également élever le niveau de formation universitaire, renforcer massivement les compétences technologiques et les rapprochements université / entreprises.  La formation doit être l’une des grandes priorités du territoire. « J’invite les acteurs de la région à s’y pencher sérieusement ; car la Lorraine qui dispose d’une situation géographique exceptionnelle a elle aussi les moyens de devenir une grande région. Ici, les secteurs d’avenir que sont les matériaux, la santé, l’eau, la dépollution, s’inscrivent dans la stratégie de long terme bâtie autour de priorités clairement définies qu’il faut construire ».