Table ronde finale : enjeux économiques et industriels, défis territoriaux

Daniel Cohen, professeur de sciences économiques à l’École Normale Supérieure, cofondateur de l’école d’économie de Paris

« L’enjeu de la compétitivité: afficher et densifier nos avantages comparatifs »

Avant la table-ronde finale réunissant l’exécutif consulaire autour du journaliste économique à LCI, Emmanuel Kessler, animateur de l’ensemble des forums et échanges avec les conférenciers, Daniel Cohen a évoqué, dans un exposé magistral, la crise, ses origines, ses développements en Europe, ses conséquences : « une crise qui n’en  finit pas, qui ne cesse de rebondir, la crise la plus sévère depuis la fin de la 2e guerre mondiale ; dans les années 80 elle s’est concentrée en Amérique latine – Argentine, Brésil, Mexique notamment -, pour migrer en Asie dans les années 90, et maintenant frapper durement les économies avancées et tout d’abord les États-Unis d’où la crise est partie du fait d’un formidable surendettement de la société américaine où le taux d’épargne est devenu négatif en 2006/2007 et de l’indexation de cette dette sur une bulle immobilière qui a fini par éclater. La dette ainsi est devenue le substitut au pouvoir d’achat aux États-Unis… ».  Il poursuit « et en traversant l’Atlantique, de manière surprenante, cette crise est venue menacer la zone euro, alors même que la monnaie unique à l’origine avait été faite pour protéger des crises ».

Selon Daniel Cohen, c’est par défaut d’intégration et absence d’union monétaire optimale – l’absence véritable de mécanismes régulateurs des déséquilibres, d’instances de mutualisation – que cette crise s’est abattue avec autant de brutalité sur les états de la zone. L’enjeu aujourd’hui évidemment est de ne pas tomber dans la spirale vicieuse telle que la Grèce la connaît « plus d’austérité, moins de croissance » et de résorber le déséquilibre de compétitivité qui s’est creusé au sein de la zone euro entre les pays dont la balance des paiements est en excédent, l’Allemagne, et les autres pays qui tous sont en déficit. En termes de compétitivité, cela impose aux territoires de « cultiver » leurs avantages comparatifs, d’afficher leurs compétences tout en densifiant l’ensemble de leurs atouts afin de renforcer leur attractivité.

 

 

 

Ces Rencontres : un électrochoc salutaire

« Face à l’ampleur de la crise, qui est à la fois économique, sociale, environnementale, et pour créer un électrochoc qui doit nous conduire à relever ensemble le défi du retour à la compétitivité de notre territoire, j’ai souhaité que des intervenants de très haut niveau puissent être entendus par nos acteurs économiques, responsables d’entreprises, commerçants, représentants du secteur bancaire et partenaires institutionnels… Revisiter ensemble nos fondamentaux tel était l’objectif de cette journée. Il est atteint grâce à Jacques Attali, Anne Lauvergeon, Daniel Cohen, Jean-Marc Jancovici et tous les conférenciers qui se sont succédé à cette tribune, chacun dans son domaine d’expertise nous permettant d’afficher une volonté d’intelligence collective.  Le rôle d’une CCI est d’être à l’initiative de ce type de manifestation, exprimant ainsi une volonté politique forte, laquelle est primordiale pour tenir un cap » a affirmé avec force Philippe Guillaume, Président de la CCI de la Moselle.  Dans ce contexte, et c’est également une manière de rappeler l’objectif poursuivi par ces Rencontres de l’Intelligence Territoriale,  « La Moselle ne manque pas d’atouts. À commencer par sa situation géostratégique exceptionnelle », a rappelé Patrick Ménard, Vice-Président de la CCIT et Président de la Fédération du BTP 57 «  et notamment sa proximité immédiate avec le Luxembourg, et la présence en Moselle de nombreuses entreprises allemandes qui résistent à la crise et concourent à la dynamique exportatrice du territoire », a ajouté Jean Arnould, Vice-Président Industrie de la CCIT et Président de l’UIMM, « enfin, sa volonté à faire émerger de nouvelles industries à l’image de l’industrie du tourisme », a renchéri Thierry Schidler, élu de la CCIT et Président du syndicat national des  tourisme.

Pour Paul Arker, 1er Vice-Président de la CCIT, Président de la CCI de Région Lorraine, « il s’agit avant tout – et c’est la responsabilité des pouvoirs publics -  de créer un environnement économique favorable en termes de fiscalité, de droit du travail, de normes techniques et environnementales, de soutien à l’innovation et à l’export, de valorisation du monde de l’entreprise…,  c’est ce projet que nous devons adopter dans une vision de long terme ». Une stratégie qui sur le territoire s’incarne, a affirmé Patrick Weiten, Président du Conseil Général de la Moselle, « à travers la défense du socle industriel mosellan et bien sûr de la sidérurgie et la promotion de grands projets, à l’image d’ITEC, projet de plateforme d’affaires Chine – Europe porté par TerraLorraine.

« La Moselle a besoin d’un grand projet économique ; ces 1res Rencontres sont la première marche d’une démarche globale qui aboutira au printemps 2013 », a conclu Philippe Guillaume.